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 noxii, damnati ad bestias, bestiarii, venatores : un problème de terminologie.

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Achillia
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MessageSujet: noxii, damnati ad bestias, bestiarii, venatores : un problème de terminologie.    Mer 29 Déc - 23:39

Je remercie Kévin Kazek du Musée de Metz pour ses éclaircissements sur mes questions :

Je m'interrogeais sur la présence de personnages courant en tunique et non armés parmi les bêtes et les chasseurs sur certaines icono, notamment celles de la Villa Borghese.

Citons G. Lafaye à ce sujet :

" A côté de ces gens armés les monuments nous en montrent d'autres, dépourvus d'armes.

Quel est le nom qui convient à ceux-là ? Quelle était leur condition ? On ne s'accorde pas sur cette question ; le plus sûr est de s'en tenir aux distinctions très solides que Mommsen a établies à propos des gladiateurs.

On ne saurait douter que les hommes exposés sans armes à la dent des bêtes féroces soient en danger de mort, et de fait, dans la mosaïque Borghèse, nous en voyons au moins une demi-douzaine étendus à terre en monceau ; il est assez naturel de penser que ces misérables étaient des malfaiteurs condamnés par les tribunaux ; mais d'autre part on ne peut pas non plus les assimiler complètement à ceux qui étaient attachés à un poteau dans l'amphithéâtre, les mains derrière le dos. Ceux-ci ne doivent sous aucun prétexte échapper à la mort ; les premiers courent un risque énorme, mais ce n'est qu'un risque, et ils ont, malgré tout, des moyens de protéger leur vie : il faut bien songer en effet qu'ils ont auprès d'eux, dans l'arène, toute une troupe de combattants armés et expérimentés, dont leur salut dépend en grande partie.

Leur rôle nous semble, en définitive, avoir été celui de comparses chargés d'animer le spectacle par leurs évolutions et qui pouvaient se dérober à force d'agilité, de souplesse ou de ruse, jusqu'au moment décisif où intervenait pour les secourir l'épieu du bestiaire. Ils portent tous, dans la mosaïque Borghèse, comme les combattants, une tunique à manches, ornée de bandes verticales [clavus], qui s'arrête au-dessus des genoux : c'est sans doute une livrée, commune à toute la troupe et fournie par l'organisateur du spectacle ; on sait avec quelle prodigalité les Romains multipliaient dans leurs munera les costumes brillants et coûteux. "

Georges Lafaye

Selon M. Kazek, tout est une question de méprise sémantique.
En effet, les chasses sont bien plus complexes que le " fouillis " confus qu'on peut avoir du mal à déchiffrer sur les représentations iconographiques.

" Il faut différencier d'emblée les intervenants armés des hommes sans armes et saisir l'issue de leur intégration dans la venatio : certains peuvent échapper à la mort, d'autres doivent obligatoirement mourir. L'exploit personnel, la force pure a pu, tu t'en doutes, permettre de gracier in extremis un homme valeureux. Par exemple dans la damnatio, il
peut y avoir exceptionnellement une issue positive.

- Le noxius : nu, enchaîné (ou ligoté) et sans défense. Il se trouve jeté dans l'arène (cf. bas relief de Smyrne). C'est un damnatius qui sera obligatoirement sacrifié d'après sénèque. On dit parfois bestiarius et là il ne faut pas confondre avec le bestiarius armé mais comprendre
plutôt condamné aux bêtes. Il faut aussi savoir que le terme noxius a évolué de la République au haut empire et sa signification n'est plus vraiment la même au fil du temps. Normalement donc sous l'empire le noxius est non armé et doit mourir. Toutefois il apparait soit ligoté soit les mains libres.
Tu connais peut-être l'histoire d'Androclès dont parle aulu-gelle : il a semble t-il été jeté dans l'arène les mains libres et aurait très bien pu se défendre comme ça face aux fauves
(c'est un peu gros certes mais c'est ainsi...). Cependant il aurait du mourir à l'isu du spectacle, mais à Rome devant le peuple exalté par le rapport particulier entre cet homme et le lion qu'il devait affronter mais qu'il a apprivoisé, décide de faire gracier androclès. C'est une histoire exceptionnelle mais il arrive qu'un noxius soit gracié. Donc
deux types de noxii : mains liés, mains libres. Obligatoirement tué à la fin du spectacle mais parfois gracié dans de très rares occasions, et seulement par l'empereur qui possède le ius gladii.

- Acrobates et voltigeur auctoratii, c'est à dire engagés librement, et malheureux
essayant d'échapper aux bêtes alors qu'ils sont condamnés. Là on trouve encore des nuances entre les professionnelles de la voltige, de la cascade et d'autres qui se jouent de la violence des félins mais qui sont des condamnés dont les chances de survie sont moindres. Ce sont ces hommes qui peuplent l'iconographie dont tu m'as parlé. Lorsque la
voltige est maîtrisé, bien exécuté ce sont des professionnelles. Le saut type saut du taureau comme en crête et la voltige à la perche (contomonobolon) faisaient partie aussi des réjouissances dans l'arène.
Là j'ai évoqué une venatio avec supplice, donc avec la mort obligatoire au bout (sauf exception). On sait que certains condamnés jouaient un rôle avant de mourir, c'était une forme de théâtre cathartique. D'autres, armés, comme des prisonniers de guerre ou des personnages célèbres, préféraient se donner la mort d'emblée.

Dans la venatio sans supplice on trouve alors bestiarii (chasseurs lourds) et venatores
(chasseurs légers). Il faut avoir à l'esprit que bestiarius selon les époques, les contextes, peut évoquer un condamné aux bêtes ou un chasseurs de bêtes. c'est là la nuance fondamentale. Sous Néron par exemple, des membres de l'ordre sénatorial ont combattu comme bestiarii dans l'arène sans être frappés d'infamia : ils étaient chasseurs, pas
condamnés.
Pour finir, la nudité est importante dans l'arène. Un homme nu est plus fragilisé, plus dégradé qu'un homme habillé. C'est un élément à avoir aussi à l'esprit et que j'évoque dans ma thèse. De même les tunicati, porteur de tunique comme c'est le cas pour certains
gladiateurs (provocatores par exemple, certains retiarii ) sont à mon sens des gladiateurs débutants, qui ont tout à apprendre. La tunique est un signe distinctif dans les codes vestimentaires de l'arène. Un échelon intermédiaire. "

Kévin Kazek.
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