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 Article de Michel Dubuisson

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Achillia
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Date d'inscription : 06/10/2010
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MessageSujet: Article de Michel Dubuisson   Mar 19 Oct - 1:36


Article de M. Dubuisson sur les mythes de Morituri te salutant et Pollice verso :


( excusez la mise en page, souci de copié / collé approximatif. )



Quelques idées reçues à propos de Rome



  • Aue, Caesar, morituri te salutant


"Salut,César (ou Sire), ceux qui vont mourir te saluent." Nul n'ignore que les gladiateurs, à leur entrée dans l'arène, allaient tout droit vers la loge impériale pour s'acquitter de cette indispensable formalité. Un film d'ailleurs excellent, le Gladiator de Ridley Scott, vient encore de le rappeler - la scène y figure même deux fois.

Et pourtant

Avant même de se mettre en quête de la source de cette formule, deux détails auraient dû étonner.


  1. D'abord aue , en latin, n'est pas un "salut" ou un "bonjour" quelconque (comme salue ) ; c'est le salut militaire réglementaire. Et les gladiateurs ne sont évidemment pas des soldats. Un gladiateur même retraité ne pourra d'ailleurs jamais s'engager dans l'armée : la profession qu'il a exercée le marque à jamais d' infamia (à peu près, déchéance des droits civils et politiques).






  1. Ensuite et surtout, morituri est absurde : comment ceux qui vont mourir en seraient-ils déjà sûrs ? Ou bien tous sauraient-ils qu'ils vont mourir de toute façon ? Evidemment non : dans un combat singulier, il y a, par définition, un survivant sur deux, et d'ailleurs un gladiateur bien entraîné est un investissement qu'on ne sacrifiera pas à la légère - qu'on chouchoute autant, en fait, qu'un footballeur d'aujourd'hui. Le vaincu obtient donc, en pratique, toujours sa grâce (la uenia ) - avec ou sans un geste du pouce , c'est une autre question.

    La source de la citation vient résoudre ces difficultés, tout en confirmant que la formule est aujourd'hui employée constamment à contresens.

    L'empereur Claude, dont le règne fut marqué par de grands travaux, comme l'agrandissement du port d'Ostie, fit également assécher le lac Fucin. Une fois réalisé le canal qui devait permettre l'écoulement définitif des eaux, il y eut une cérémonie que Claude décida d'immortaliser par un spectacle mémorable : une naumachie, c'est-à-dire un combat naval en réel. La chose en soi n'était pas nouvelle : César et Auguste avaient déjà offert au peuple ce genre de divertissement, que les Flaviens organiseront au Colisée. Mais sur un vrai lac, c'était évidemment autre chose Qui étaient les figurants ? Non pas des gladiateurs, évidemment, mais des soldats et des marins de la flotte, de toute façon condamnés à mort pour désobéissance ou toute autre faute de service, et auxquels on avait réservé un mode d'exécution original et spectaculaire. Leur adresse à l'empereur était donc parfaitement naturelle. Ce qui le fut moins, et qui déclencha même un incident - c'est pour cette raison, en réalité, que Suétone s'y étend -, c'est que Claude, qui n'était évidemment pas censé leur répondre, marmonna de son habituelle voix indistincte (dont Juvénal, avec sa gentillesse habituelle, dit qu'elle faisait songer à celle d'un veau marin, c'est-à-dire un phoque) quelque chose que les soldats comprirent aut non : "ou bien non, peut-être pas". Pour la suite, il faut laisser la parole à Suétone. "A ces mots, puisqu'il leur avait fait grâce, plus aucun ne voulut combattre. Alors il fut longtemps à se demander s'il n'allait pas les exterminer par le fer et par le feu ; il finit par sauter de sa chaise et se mit à courir partout sur les berges du lac, non sans boitiller de façon grotesque, et à force de menaces et d'encouragements il finit par les décider à se battre."



Aue,Caesar, morituri Laformule est donc authentique (on serait tenté de dire : pour unefois), mais elle n'a pas du tout la portée qu'on lui donne aujourd'hui : il s'agit d'un épisode bien précis

et non d'une règle générale, et qui, de toute façon, n'a rien à voir avec les gladiateurs.


  • Pouce !

S'il est un élément de choix de notre vision stéréotypée de l'antiquité, ce sont bien les combats de gladiateurs, récemment remis à la mode par la sortie d'un péplum hollywoodien qui a suscité de nombreuses réactions, le Gladiator de Ridley Scott (1).Le déroulement du combat est lui-même ponctué de scènes et de gestes stéréotypés, dont le plus fameux est sans doute, depuis le célèbre tableau de Gérôme (2),Polliceverso,le pouce tourné vers le bas, par le public ou par l'éditeur des jeux, pour indiquer qu'on veut qu'un gladiateur blessé soit achevé,et son contraire, le pouce vers le haut en signe de grâce.
On retrouve ce fameux pouce dans la plupart des ouvrages de vulgarisation sur la « vie quotidienne », et d'abord dans le classique entre les classiques :
« et l'empereur, tranquillement, ordonnait en renversant son pouce,pollice verso, l'immolation du gladiateur terrassé qui n'avait plus qu'à tendre sa gorge au coup de grâce du vainqueur » (3).
L'assertion est, comme toujours chez Carcopino, appuyée par une note, et comme souvent, la note en question se borne à une unique référence,« Juv. III.36 », un passage auquel nous reviendrons.Notons seulement pour l'heure 1. qu'il n'y est nullement question de l'empereur, mais d'un type classique de parvenu, l'ancien sonneur de cor enrichi et devenu lui-même organisateur de jeux ; 2. quel 'expression de Juvénal est uerso pollice et non pollice uerso -qui est par contre le titre du tableau de Gérôme.
Plus récemment, J.-N. Robert est plus nettement encore influencé par Gérôme : « même les femmes et les Vestales se lèvent pour abaisser le pouce et ordonner la mort de qui a mal combattu »(4).Pourquoi les Vestales, et d'où Gérôme les tirait-il ? En fait du seul autre témoignage littéraire dont nous disposions sur la question, celui de Prudence, dont le propos n'est pas plus que chez Juvénal de traiter des combats de gladiateurs en eux-mêmes, mais bien, en l'occurrence, de stigmatiser la fausse vertu des dites Vestales.
Mais les choses sont bien moins simples, même dans les raccourcis qu'impose la vulgarisation (5).R. Auguet, par exemple, dissocie les deux gestes :« cependant, les spectateurs sont partagés : les uns lèvent la main en signe de clémence, les autres, du pouce dirigé vers le sol (pollice uerso),réclament l'exécution du vaincu » (6).Et dans la Vita Romana d'U.E. Paoli :« si tous, le doigt levé, agitaient leurs mouchoirs, en criant : ‘Renvoie-le !' (Mitte !),la mort était épargnée au vaincu. Si, au contraire, ils tendaientle poing, le pouce vers le bas, en hurlant: ‘Égorge-le !'(Iugula !),le vainqueur ou un esclave l'achevait » (7).
Ainsi le geste de grâce paraît-il mal établi (est-ce la main ?est-ce le doigt, mais lequel ? avec ou sans mouchoir ?),alors que le pouce reste omniprésent dès qu'il s'agit de condamner un gladiateur maladroit ou malchanceux.
Il est d'autant plus curieux de constater que ce geste n'apparaît (pas plus que l'autre) dans aucune des innombrables représentations figurées des combats de gladiateurs, qu'il s'agisse de bas-reliefs,de mosaïques ou de graffiti.

Source :
http://www.class.ulg.ac.be/ressources/dossiers.html
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